Heureuse Femme Au Foyer D

Les clichés autour du métier de femme de ménage

Et si on balayait les idées reçues ? Dans un monde idéal, les clichés n’existeraient pas et chacun serait libre de vivre sa vie sans avoir peur d’entendre des remarques sur son métier…

Boniche, bonne à tout faire, etc., sont autant de mots ou d’expressions dédaigneuses encore utilisés aujourd’hui pour désigner une femme de ménage ou tout simplement une femme.

Car oui, les tâches ménagères sont souvent associées à la gent féminine et ces stéréotypes sont véhiculés dès l’enfance. Selon une étude Ipsos (“Partage des tâches ménagères et transmission : regards croisés enfants-Parents” pour Ariel, 2019), 60% des enfants âgés de 8 à 16 ans estiment que c’est leur mère qui s’occupe le plus de la maison.

Difficile donc de faire abstraction des clichés quand on grandit entouré de dinette, d’aspirateur miniature ou d’un ensemble chariot, planche à repasser et corbeille à linge offerts pour “faire comme maman” !

Alors qu’ils devraient être faciles à éviter, Sylvain Delouvée (psychologue social et maître de conférence à l’université de Rennes II) explique le contraire dans un dossier paru dans Psychologies : selon lui, tout le monde partage les mêmes stéréotypes, et leur fonction première est cognitive. En effet, en faisant des raccourcis, notre cerveau traite l’information de façon plus claire. En fonction de notre histoire personnelle et de notre conditionnement, ces raccourcis se transforment en préjugés : “c’est un boulot de femme”, “les hommes ne savent pas faire le ménage”, “c’est un sous-métier”, etc... Il ne tient qu’à nous d’en prendre conscience et de les déconstruire.

Grosso modo, les stéréotypes sont une masse d’informations complexes, rassemblée dans un gâteau : il y a ceux qui prennent le temps de lire la recette et ceux qui le préparent parce qu’ils ont vu quelqu’un le faire comme cela …

Quand on parle de femme de ménage, ce qui est déjà un cliché en soi, certains raccourcis sont-ils plus évident que d’autres ?

À quoi ressemble une aide ménagère ?

Il n’existe pas de diplôme pour être femme de ménage, que ce soit chez un particulier ou dans une entreprise. N’importe qui peut donc se lancer dans ce métier, quel que soit son niveau de qualification, son expérience professionnelle, son âge, son origine ou son genre.

Quand on s’intéresse à l’histoire, on se rend compte qu’après la seconde guerre mondiale, il s’agit d’un métier souvent féminin, occupé par des personnes non diplômées, assez jeunes et issues de l’immigration (elles représentent 26 % des employées dans les services aux particuliers).

Dans les années 60 elles sont en majorité espagnoles, et caricaturées notamment avec le personnage de Conchita, la “bonne à tout faire” venue d’Espagne et chantée par Annie Cordy dans “La Madam” (1978) ou France Gabriel dans “Les dimanches de Conchita” (1964). Ce cliché est d’ailleurs encore présent aujourd’hui où l’utilisation de l’expression “Être la conchita de service” reste populaire dans le langage courant.

En 2011, elles n’étaient plus que 11% de femmes immigrées travaillant comme employées de ménage. Cette baisse peut s’expliquer par le fait que ce secteur d'activité est délaissé dans la durée mais aussi parce que les profils ont évolué au fil des années !

Même si en 2015, les femmes représentaient encore 87,3% des salariés des services à la personne (Etude de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques - Dares, 2018) et que 42,8% de l’ensemble des employés du secteur sont sans diplôme ou disposent du brevet des collèges, on constate que cette part a diminué de 15 points en 10 ans !

Le cliché de “travailles bien à l’école ou tu finiras femme de ménage” n’est donc pas forcément vrai ! Elles peuvent être des personnes en reconversion professionnelle, détentrices d’un diplôme d’études supérieures, attirées par un contrat stable ou encore approchant de la retraite et souhaitant trouver un emploi… Et elles peuvent aussi être des hommes !

La gent masculine s'intéresse (enfin) au ménage !

Même s’ils sont encore minoritaires et qu’il est difficile pour certains de taper “homme de ménage” dans un moteur de recherches quand ils souhaitent engager une personne pour s’occuper des tâches ménagères, ces messieurs balaient les préjugés !

“C’est un homme morderne” ou “tu en as de la chance”, sont souvent des phrases que l’on peut entendre quand son conjoint fait plus que de lever les pieds quand il faut passer l’aspirateur. Selon un sondage IFOP datant de 2019, 73 % des femmes interrogées estiment en faire “beaucoup plus” ou “un peu plus” que leur compagnon et l’écart se creuse encore davantage avec l’âge.

Les inégalités à la maison sont donc loin d’être enterrées mais l’orée du progrès et du changement est déjà visible, notamment sur les réseaux sociaux. Bruno Ginesti (Bruno Gin) publie des “trucs et astuces” quotidiennement sur son compte et a même sorti un livre, “Ménage & vous”, aux Éditions Marabout le 13 octobre 2021. Dans le journal télévisé de 20h de TF1 diffusé le 9 mai 2022, il explique que sa passion remonte à l’enfance. Oui, à ce moment où les enfants issus d’une famille hétérosexuelle constatent que leur père n’aide pas beaucoup à la maison ! Pour faire avancer les choses, il suffirait donc d’enseigner à la nouvelle génération que “être un homme n’est pas, biologiquement parlant, un frein pour faire la lessive”, mais avoir des idées reçues, par contre…

Dans le domaine des services à la personne aussi, les choses ont du mal à bouger de manière significative. Les hommes ne sont pas ou peu représentés dans les publicités ou sur les sites des entreprises qui proposent des services de ménage à domicile. Quand on trouve des articles qui parlent des hommes de ménage, il est quasiment toujours mentionné qu’il peut aussi réaliser des “petits travaux d’entretien ou de rénovation” dans la maison, alors que cela ne viendrait pas à l’esprit de l’ajouter pour une femme de ménage.

Le 7 octobre 2015, la Fédération du service aux particuliers (Fesp) avait signé le premier plan national “mixité au travail” du secteur des services à la personne (SAP). Il visait à rééquilibrer la balance femme-homme dans un secteur d’activité qui recrute, qui propose souvent des contrats stables et avec des perspectives d’évolution.

Pour résumer, si on se fie aux clichés, quand on cherche quelqu’un afin de prendre soin de son logement on s’attend à voir :

  • Une femme.
  • Jeune ou entre deux âges.
  • Issue de l’immigration.
  • Sans diplôme.
  • Qui n’a aucune qualification ou autre expérience professionnelle.

Alors qu’en réalité, on peut aussi trouver :

  • Un homme ou une femme.
  • Plus âgé(e) que la moyenne.
  • Né(e) en France.
  • Diplômé(e).
  • En reconversion professionnelle ou aimant tout simplement faire le ménage.

Les préjugés sont donc aussi faciles à déloger qu’un mouton de poussière niché sous le lit de la chambre d’amis ! Heureusement, il existe des plumeaux télescopiques ! Mais quand est-il des personnes qui font appel à un(e) employé(e) de ménage ?

Les particuliers : tous vieux, aisés et malpolis ?

Tous les nostalgiques de l’époque des domestiques profitent-ils des services à domicile pour effectuer un saut dans le temps ? Il n’habitent pas tous des dans châteaux, mais il est vrai que ce sont les ménages les plus aisés qui en bénéficient le plus : 32,9% des 10% des foyers les plus riches y ont fait appel en 2021, source Loi des finances 2021. On observe aussi une forte demande chez les personnes âgées (33,7% chez les plus de 80 ans) et seulement 6% concerne les familles monoparentales.

Les services à la personne ont le vent en poupe, notamment à cause de la féminisation du marché du travail et du vieillissement de la population française. Malgré cela, selon une étude de l’INSEE publiée en 2015, dans un couple les femmes consacrent toujours deux fois plus de temps aux tâches domestiques que leur conjoint.

Pour les chercheurs Nathalie Morel et Clément Carbonnier, dans leur ouvrage “Le retour des domestiques” publié en 2018 aux Éditions du Seuil, une montée des inégalités a lieu depuis les années 1990. La seule différence entre les emplois de service à la personne d’aujourd’hui et ceux faisant partie de la domesticité est que les serviteurs vivaient sur leur lieu de travail.

Malgré l'émergence de sociétés spécialisées dans ce secteur d’activités, 70% des emplois sont en relation directe avec l’employeur particulier, ce qui peut donner lieu à quelques anecdotes pas toujours ragoûtantes…

Dans une de ses vidéos, la youtubeuse “Beauty by Emi” partage ce qu’elle a pu rencontrer au cours de ses 8 années d’expérience en tant que femme de ménage :

  • “Le client vient près de moi et m'arrête en me disant « est-ce que vous pouvez faire moins de bruit avec votre aspirateur »”.
  • Femme de ménage ne veut pas dire bonne à tout faire, je ne suis pas payée pour mettre la table, je suis payée pour faire le ménage et le repassage”.
  • “Quand je vous dis qu’on est pas très bien considéré, je ne mens pas”.

Elle évoque aussi un client qui s’est vexé et l’a congédié quand elle lui a dit que s’il voulait qu’elle nettoie sa maison, il fallait du matériel de ménage… Ne faisons pas de comparaison avec un(e) garde d’enfant qui ferait remarquer que pour bien faire son métier, il faudrait que le foyer compte des enfants… mais avouez que c’est tentant !

Ce témoignage n’est pas le seul et sur la toile de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer le comportement de certains employeurs peu scrupuleux. Cadences infernales, absence ou faible protection sociale (dans le cadre d’emploi de personnes sans papiers), pas de perspective d’évolution, salaire trop faible par rapport à la dureté du métier, problèmes de santé (notamment à cause de la répétition des gestes), manque de confiance (le cliché de la femme de ménage voleuse et menteuse), manque de respect... Peu importe où elles travaillent, c’est ce point qui est le plus mal vécu par les personnes qui s'occupent du ménage : le fait d’être considéré(e) comme un(e) “moins que rien”.

Les particuliers qui emploient des femmes/hommes de ménage ont donc plus de chances d’être âgés, aisés et peut-être malpolis… Mais s’il s’agirait d’un cliché de dire qu’ils sont tous ainsi ! Les choses avancent et les aides ménagers/ménagères ont aujourd’hui des raisons de dire que cela évolue dans le bon sens.

C’est quoi être employé(e) à domicile aujourd’hui ? Et demain ?

En 2017, 76% des salariés du secteur des services à domicile travaillaient à temps partiel, et un tiers d'entre eux jonglaient entre plusieurs employeurs. Selon une étude de la Dares (2018), 53% des employés à temps partiel ont déclaré ne pas avoir trouvé de temps plein. C’est d’ailleurs un des clichés qui collent au métier : l’impossibilité d’obtenir un contrat de travail stable. L’activité en elle-même étant assez atypique, des imprévus peuvent survenir, il est parfois difficile d’effectuer des prestations de ménage à un seul endroit dans le cadre d’un CDI de 35h.

Ces dernières années, notamment à travers les sociétés employant des femmes/hommes de ménage pour le compte de particuliers, les conditions de travail ont été revues afin de proposer plus de stabilité et d’essayer de changer les mentalités concernant ce que des personnes appellent encore un “sous-métier” : emploi du temps modulable en fonction de la vie personnelle, CDI à temps-partiel mais pouvant évoluer en temps-plein, proposition d’une mutuelle, communication accrue entre toutes les parties concernées, salaires revus à la hausse (+ 11% net entre 2010 et 2014) et surtout, une prise de conscience du travail effectué au quotidien par l’ensemble des plus d’1 million de salariés du secteur.

Aujourd’hui, être femme/homme de ménage, c’est nettoyer un logement, mais c’est aussi avoir la possibilité de se former et d’accumuler de l’expérience afin d’évoluer dès demain !

Vous l’aurez compris, certains clichés demandent organisation, respect, rigueur et communication pour être amenés à disparaître de notre esprit. Un peu comme toutes les qualités indispensables pour se transformer en un(e) femme/homme de ménage ou un(e) employeur(euse) accompli(e)s !